Émancipées, le podcast

#105 Grossesse extra-utérine : quand une gynécologue devient patiente

Laurène Sindicic Season 2 Episode 105

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À propos de l’épisode :

Certaines expériences changent profondément notre façon d'exercer notre métier. Et quand ce métier, c'est gynécologue et que cette épreuve, c'est la grossesse extra utérine (GEU), urgence médicale bien connue des gynécos et qui peut être fatale pour la mère si elle n'est pas prise en charge à temps, la frontière entre médecin et patiente devient soudainement très mince, et la peur très grande.

Dans cet épisode, Caroline partage le récit intime de sa GEU rompue, alors qu'elle vivait aux États-Unis. Après deux grossesses arrêtées, cette troisième grossesse a basculé en quelques : douleurs intenses, hémorragie interne, chirurgie en urgence et peur (légitime) de mourir.

Avec beaucoup de sincérité, elle raconte l'épreuve physique et émotionnelle qu'elle a traversée, son impact sur la construction de sa famille, puis son chemin vers une nouvelle grossesse et la naissance de son troisième enfant.

Nous abordons également, avec sa casquette de gynéco cette fois :

  • les symptômes de la GEU
  • les signes d'alerte à connaître
  • l’évolution des bêta-HCG en cas de GEU
  • la fertilité après une grossesse extra-utérine
  • et bien sûr l'accompagnement psychologique toujours précieux après une perte de grossesse.

Caroline détaille également la manière dont cette expérience a profondément transformé sa pratique de gynécologue, sa plus grande vigilance en cas de suspicion de GEU chez ses patientes et comment elle fait son maximum pour suivre et rassurer les femmes enceintes qui viennent dans son cabinet. Car quand on a vécu cette épreuve, on ne dit plus "ne vous prenez pas trop la tête Madame".

Un témoignage fort, éclairant et plein d'espoir pour toutes les femmes confrontées à une grossesse extra-utérine, à un arrêt de grossesse ou à un parcours de fertilité difficile (on vous envoie toute notre force et notre tendresse 🤍)

Nos Clubs :

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Caroline:

J'avais rendez-vous à quinze heures pour cette échographie et à midi, je suis prise d'une douleur, euh, dans le bas du ventre comme jamais.

J'écris à mon mari :

Il faut que tu rentres tout de suite, ça va pas du tout. Et là, je commence à avoir mal aux épaules. Et ça, c'est le signe qu'il se passe quelque chose dans ton ventre et que tu saignes dans ton ventre.

Et là, j'ai fait :

"OK, tu es en train de rompre ta grossesse extra-utérine".

Laurène:

Hello à tous. J'espère que vous êtes en forme. Moi, de mon côté, je suis très heureuse de vous retrouver pour ce nouvel épisode. C'est un épisode un peu spécial, un peu hybride entre nos épisodes experts et nos épisodes témoignages, puisque la personne que je reçois aujourd'hui, c'est quelqu'un que j'ai déjà reçu en tant qu'experte, puisque c'est une gynécologue qui a fait de la recherche, notamment sur le sujet de la qualité, euh, des ovocytes, de la réserve ovarienne, etc. Mais elle vient parler aujourd'hui de son histoire à elle, parce qu'on peut être gynéco, on peut accompagner des femmes toute l'année en matière de fertilité, en matière de grossesse, etc., et vivre soi-même des épreuves, et notamment celles de la grossesse extra-utérine. Et ça faisait longtemps que j'avais envie de faire un épisode sur la grossesse extra-utérine, mais déjà, il y a autant de grossesses extra-utérines que de femmes qui vivent une grossesse extra-utérine. Et puis surtout, c'est quand même un sujet très technique, très compliqué. Et donc c'est vrai que la première fois que j'ai parlé avec Caroline, aujourd'hui, c'est quelqu'un qui est devenu très spécial pour moi, pour Emancipées aussi, pour le Fertility Club, puisqu'elle fait partie des médecins référents avec qui on travaille au quotidien et qui accompagnent les membres du club. Mais bon, je ferme la parenthèse. La première fois que j'ai parlé avec elle, c'était à propos de ça, de la grossesse extra-utérine qu'elle venait de vivre. Euh, et du coup, moi, je l'ai, je l'ai rencontrée comme ça, et donc j'ai pu voir à quel point ça a été une épreuve qui, pour elle, mais je sais, pour plein d'autres femmes, a été extrêmement douloureuse, que ce soit dans le corps, que ce soit dans la tête, que ce soit dans le cœur. Donc voilà, je trouvais ça très chouette de pouvoir aborder ce sujet avec elle, euh, en enlevant un petit peu sa casquette d'experte, pour le coup, sa casquette de femme, mais quand même avec sa lecture, ben toujours scientifique du sujet. Et puis aussi, je trouvais que cette dualité d'une femme qui, voilà, qui vit ça dans sa vie perso quand dans sa vie pro, elle doit faire bonne figure face à toutes ces femmes ou peut-être que ça l'a fait évoluer dans sa pratique.(petit spoiler, c'est le cas), ben, je trouvais que c'était hyper intéressant d'aborder ça. Donc, je ne vous en dis pas plus. Je vous laisse avec Caroline, place à l'épisode! Salut Caroline, bienvenue, euh, dans le podcast. C'est pas la première fois que tu viens parce qu'on a déjà tourné un épisode ensemble avec ta casquette vraiment d'experte sur la qualité ovocytaire, le vieillissement ovarien, etc. Euh, je mettrai le lien en description parce que t'es gynécologue et que t'as beaucoup travaillé sur ces sujets-là, mais aujourd'hui, parce qu'on discute beaucoup toutes les deux, on avait envie d'aborder une autre facette. C'était plus ton histoire personnelle, euh, de femme qui a vécu une grossesse extra-utérine. Et puis, euh, pour en avoir parlé avec toi, bien costaud. Après, je pense que c'est toujours assez costaud une grossesse extra-utérine, euh, mais particulièrement douloureuse, euh, dans ce dont j'me souviens, mais tu vas nous expliquer. Et je trouvais ça intéressant d'avoir, bah, ton regard avec ta double casquette parce que les femmes qui vivent ça, elles sont dans un flou, je pense, et pour beaucoup, elles avaient même jamais entendu ces termes-là. Toi, tu connais très bien. Je pense que t'en as accompagné plein, en tant que gynécologue, mais quand ça nous arrive à soi, c'est tout de suite un autre sujet. Donc, si tu veux peut-être commencer par te re-présenter rapidement pour celles qui avaient pas écouté le précédent épisode et après, on, on va dérouler tout ça toutes les deux.

Caroline:

Avec plaisir, Laurène. Donc merci déjà de m'inviter dans ton podcast. Et honnêtement, je suis hyper contente de le faire avec l'autre casquette. Donc, je m'appelle Caroline, je suis gynécologue à Rouen. Je suis partie vivre il y a maintenant quasiment quatre ans à San Francisco avec mon mari pour son travail. Et je suis rentrée il y a un peu moins de huit mois en France avec mes trois enfants. Et j'ai, aux États-Unis, eu ma petite dernière qui s'appelle Astrid. Euh, donc, je suis rentrée avec trois enfants alors que je suis partie avec deux.

Laurène:

Et aujourd'hui, t'as monté, on peut peut-être le dire rapidement, une maison de la femme, comment te, comment t'appelles ça ? Un centre dédié à la santé des femmes

Caroline:

de santé, euh, dédié à la santé des femmes. Effectivement, j'avais envie de réunir au même endroit plusieurs experts, dans la santé féminine pour que les patientes puissent se sentir, au bon endroit et se

dire en ouvrant la porte :

« C'est bon, on va m'aider et je suis en sécurité. J'ai réfléchi cet endroit un peu en opposition avec l'hôpital et la clinique. Je voulais quelque chose de très chaleureux, de très cocooning, où les patientes se sentent vraiment dans une safe place. Et, on a ouvert il y a trois semaines et je pense que le pari est réussi.

Laurène:

Ouais, non, non, c'est chouette. Et du coup, j'allais demander ma question rituelle : en quoi tu participes à l'émancipation des femmes ? Mais j'pense que t'as un peu répondu parce que tu le fais, t'es en plein dedans, en train de lancer un truc. Et du coup, comme on parle avec ta casquette plus de femme, pour le coup, peut-être, je peux j'demander en quoi toi, tu te sens émancipée aujourd'hui? C'est la question que j'pose normalement aux, aux non-experts, entre guillemets. Donc, euh, donc c'est ta

Caroline:

Alors, tu m'avais posé cette question-là, quand j'avais été invitée en tant qu'experte. J'étais pas du tout prête et j'ai beaucoup réfléchi à cette question derrière parce que, a posteriori, ma réponse ne me plaisait pas du tout.

Laurène:

C'est vrai ? Oh vas-y, t'as une deuxième chance. C'est rare qu'on ait une deuxième chance dans la vie.

Caroline:

Honnêtement, Laurène, je pense que tu as participé à mon émancipation parce que, en tant que gynéco, on est forcément formé d'une certaine manière. Et j'ai le sentiment que ce voyage à San Francisco et t'avoir suivie m'a permis justement de créer ce centre et de m'émanciper un peu de toutes les injonctions que j'avais pu recevoir au cours de mes études.

Laurène:

Oh. Ouais. Ah bah c'est, ça me touche beaucoup.

Caroline:

D'un point de vue plus perso, je m'émancipe grâce à mon indépendance intellectuelle et financière.

Laurène:

Non, mais c'est hyper important. Et l'indépendance intellectuelle, c'est vrai que quand on est médecin, c'est, c'est peut-être pas quelque chose qu'on nous enseigne et il faut se faire un peu violence, je pense, pour sortir, de, de, voilà, des cadres, bien précis qu'on apprend en fac de médecine. Mais, est-ce qu'on peut peut-être justement parler un peu de ça, toi, comment t'es arrivée jusque-là en tant que gynéco ? Est-ce que c'est un truc que t'avais toujours voulu faire ? Est-ce que c'est un peu le hasard des études?

Caroline:

Médecine, je voulais être pédiatre et je suis passée dans le service de pédiatrie en tant qu'externe et j'ai trouvé ça horriblement difficile. Euh, j'avais en permanence envie de dire : "Prenez-moi et mettez-moi à la place en fait. Ne, ne mettez pas cet enfant dans ce lit d'hôpital, prenez-moi, j'y vais. Mais n'infligez pas ça à cet enfant". Je me suis dit que je j'avais pas les épaules en fait pour être pédiatre. Et tu sais, au cours de l'externat, on fait plusieurs stages, on passe dans plusieurs services et finalement, en gynéco, c'est le seul service dans lequel je suis passée. Et quand le stage s'est fini, je me suis dit : "Oh non, c'est déjà fini. J'aurais bien voulu que ça dure plus longtemps". J'ai eu un coup de cœur pour cette, ce métier et je pense que ce qui participe au fait que j'aime beaucoup, c'est qu'on ne voit pas que des malades. Je vois plein de patientes qui vont bien et en fait, c'est super agréable. Ouais.

Laurène:

Oui, tu fais à la fois beaucoup de prévention, beaucoup d'accompagnement à la contraception, euh, les grossesses et finalement, les, les mauvaises nouvelles, y en a moins peut-être que dans d'autres spécialités.

Caroline:

Il y a un des professeurs de Rouen là, en gynéco, qui m'avait

dit quand j'étais externe :

"dans notre spécialité, on a la chance que les grands malheurs soient vite balayés par des grands bonheurs". Et je suis tout à fait d'accord. En fait, on peut avoir une consultation terrible et quarante minutes après annoncer à une patiente qu'elle est enceinte et lui montrer le cœur du bébé, etc. Ça change des autres spécialités. Je pense que c'est très propre à notre spécialité.

Laurène:

Mais c'est magnifique. Et du coup, toi, comment t'as construit ton désir de maternité, par rapport à ce métier-là ? Est-ce que tu l'avais déjà avant ? Est-ce que, du coup, t'as dû décaler un peu des choses parce que c'est des études qui sont longues ? Tu vois, est-ce que tu peux nous raconter peut-être, avant qu'on, qu'on parle un peu plus de la, de la GEU, la grossesse extra-utérine, comment, comment ça s'est déroulé pour toi?

Caroline:

J'ai pas du tout eu le sentiment d'être bloquée par mes études et par mon internat. J'avais viscéralement envie d'un enfant. Ça faisait plusieurs mois que j'en parlais à mon mari, qui n'était pas mon mari à l'époque. Et il m'avait répondu

Laurène:

Et qui est médecin aussi. Donc, vous étiez au même diapason tous les deux. Ouais, ouais.

Caroline: Il m'avait dit :

écoute, moi, je suis pas prêt. Donc, en fait, tu arrêtes de m'en parler et je te le dirai quand je, quand je suis prêt. Et il se trouve que pour mon anniversaire, l'anniversaire de mes vingt-six ans, il m'a offert une tétine.

Laurène:

OK. C'est explicite.

Caroline:

Voilà, c'était très explicite et du coup, après, on s'est lancés tous les deux et j'ai pas du tout été-- je me suis pas du tout sentie limitée par mes études. J'en avais

Laurène:

là, t'étais encore, euh, à l'internat.

Caroline:

encore interne, ouais. J'en avais envie et j'avais beaucoup entendu ma maman dire : " De toute façon, c'est jamais le bon moment de faire un enfant. Donc, euh, quand on en a envie, il faut y aller".

Laurène:

Donc, comment ça se passe là? Tu dois mettre sur pause un moment tes études ou tu, t'arrivais à gérer, alors, peut-être pas les premiers mois d'un bébé, mais la grossesse, en tout cas?

Caroline:

Non, non, non, tu mets, c'est,

Laurène:

ton internat

Caroline:

Ouais, ouais, tu continues ton internat et t'as un congé maternité. Alors après, c'est un peu spécifique de nos études, mais, comme on doit avoir un certain nombre de semestres, si ton congé maternité, il tourne pas très bien, il y a un de tes semestres que tu valides pas, donc t'es obligé de refaire un semestre supplémentaire. Mais j'ai eu une grossesse normale, un congé maternité normal, rien.

Laurène:

Ouais, OK. Et pas de difficulté pour cette première grossesse. Elle est arrivée, après la, la tétine offerte quoi.

Caroline:

Aucune. Aucune, ouais, aucune difficulté. J'ai aucun mauvais souvenir de la grossesse. Non, rien du tout, c'était parfait

Laurène:

Et c'est quoi les biais, par rapport à la fertilité, justement, que tu peux avoir quand, dans tes études, t'es confrontée à l'infertilité et du coup, à la réalité des chiffres ? Est-ce que toi, ça t'a mis dans un espèce

d'état d'esprit de :

« Ça va être compliqué » ou pas du tout, t'arrives à déconnecter vraiment les deux

Caroline:

Alors pas du tout pour ma grande, pour Faustine. C'était plutôt pour ma, pour mon deuxième où j'étais interne en infertilité. Je faisais mon semestre en infertilité et où je revois mon chef, me montrer un diagramme en consultation, de la, des, des chances de grossesse en fonction de l'âge et où je me revois me décomposer devant son écran.

Laurène:

Parce que t'avais quoi ? Mais non, t'étais encore hyper jeune.

Caroline:

J'avais 30 ans, mais je me suis dit : « Mais c'est pas possible. C'est pas-- c'est, quoi ce délire ? » ouais. Et je me souviens avoir eu-- Ouais, ouais. Je me souviens avoir eu une espèce de bouffée d'angoisse à me dire : « Mais oh, c'est quoi cette histoire ? » J'avais pas du tout, euh, percuté quoi. Et après, euh--

Laurène:

mais, mais il est arrivé facilement malgré tout.

Caroline:

Pas du tout. Tu sais, j'ai fait deux fausses couches

Laurène:

Ah oui, t'as eu les-- ah c'était avant cette grossesse-là. Ouais, OK.

Caroline:

euh, cons-- deux fausses couches consécutives qui ont été très difficiles à avaler, euh, parce que pour le coup, justement, je savais. Je savais que la première, c'était hyper fréquent et que ça arrivait, euh, à beaucoup de femmes. Donc j'ai un peu, euh, banalisé et j'ai un-- je me suis un peu forcée

à me dire :

« C'est pas grave.» Et Et quand je me suis pris la deuxième, euh, juste derrière, la deuxième grossesse arrêtée, là, euh, j'ai-- en fait, je me suis pris les deux d'un coup.

Et je me suis dit :

« Punaise, je fais partie, de ces femmes qui en auront que deux, 'fin qui auront deux, euh, fausses couches, euh, consécutives. On On n'est pas très nombreuses et et c'est pas de bol.» Et en plus, en théorie, tu sais, tu fais pas de bilan pour deux fausses couches consécutives. Et en plus, là, on va rien me faire et je vais devoir retenter, euh, toute seule, euh, comme ça.

Laurène:

Attends, mais toi, tu t'auto-bilantes pas ? Comment tu fais ? Ou t'as peut-être des copines, euh, gynécos

Caroline:

Super-- j'avais une super gynéco à Angers qui m'entoure, qui me, qui me soutient, que j'adore. Et du coup, quand elle, quand elle m'a reçu en consultation et que je lui dis,

euh :

« C'est-- je, je, j'ai besoin de savoir, j'ai besoin de comprendre », elle m'a quand même prescrit le bilan. bilan

Laurène:

La difficulté des arrêts de grossesse, c'est qu'on te fait pas de bilan avant trois, en théorie. Je pense que c'est ce que vous apprenez en médecine, Et en fait, c'est-- voilà.

Et t'es là à dire :

« Mais en fait, vous allez me laisser en vivre une troisième peut-être, euh, avant de vouloir creuser? Mais c'est, c'est intéressant de voir quand t'es toi-même médecin, euh, ben en fait, oui, y a un moment donné où tu, tu bypass peut-être aussi ces, ces règles-là parce que, parce que t'as accès, t'as la chance d'avoir accès à des gens plus facilement.

Caroline:

Et je vais te dire, Laurène, moi, les patientes qui viennent me voir et qui ont fait deux, euh, arrêts de grossesse consécutives, je leur fais le bilan. C'est, c'est humainement impossible de dire : « Allez, on croise les doigts très fort pour la prochaine. Bon Bon courage.» C'est pas possible. Humainement, ça n'est pas

Laurène:

Bah l'ayant vécu toi-même en plus, tu, tu sais que, que c'est de la torture que de demander ça.

Caroline:

Évidemment.

Laurène:

Ouais. Ouais, ouais, ouais. Non, je comprends. Et, et d'ailleurs, tiens, je, je rebondis, mais juste pour les échos, je pense à ta, ta première grossesse notamment. Est-ce que, c'est de la curiosité, mais tu te fais plein d'échos tout le temps Ou, euh, tu t'auto fais des échos?

Caroline:

Alors pas trop, euh, parce que c'est pas facile en fait, tu sais, t'es à l'envers, etc. Pas trop. Oui, j'en suis déjà faite euh, toute seule. Mais évidemment que dès que t'as cinq minutes, tu demandes à ta co-interne, à ta co-cheffe, euh, à l'infirmière de poser la sonde d'écho et tu vérifies que tout va bien. Évidemment.

Laurène:

Non, mais ça, c'est le rêve, c'est le fantasme de toutes les femmes de, d'avoir un, un mec gynéco ou quelqu'un dans sa, dans son entourage à aller voir dès que t'as un petit coup de stress, surtout au premier trimestre quoi. C'est-- moi, je vous ai toujours envié les gynécos enceintes. Mais, euh, OK, donc tu vis ces deux arrêts de grossesse, tu, tu fais ton bilan, euh, sans attendre, euh, le couperet d'une éventuelle troisième. Et là, tu découvres des choses où on te dit : « Bah non, c'était pas de chance.

Caroline:

Ouais, on me dit, euh : "Pas de chance".

Laurène:

Inexpliqué, faut retenter.

Caroline:

Ouais, exactement.

Laurène:

OK. Sauf que la troisième est la bonne.

Caroline:

Ouais, et j'ai la chance d'avoir cette super gynéco, euh, à Angers, euh, docteur Carillo, pour celles qui, euh, habitent Angers.

Laurène:

Ouais, qui sont à Angers, ouais.

Caroline:

Ouais, qui me dit, euh, qui me, qui me, qui me cocoone quoi. J'avais le sentiment qu'elle me prenait dans ses bras, littéralement. Dès que j'avais un coup de stress, elle me disait de passer au cabinet. Euh, et aussi, elle m'a un peu dit, justement : « En fait, là, t'es patiente, t'es pas la gynéco. Donc c'est moi qui te dis à quel rythme on surveille les bêta HCG. C'est moi qui te dis quand est-ce qu'on va faire la première écho.» Mais après, tu vois, elle m'a, elle m'a portée. Elle m'a clairement portée tout le premier trimestre de la grossesse.

Laurène:

Mais t'arrives à te mettre dans cette posture, à limite faire fi de toi, ce que tu fais avec tes patientes pour ton cas à toi, et à déléguer, entre guillemets, à quelqu'un d'autre?

Caroline:

J'avais tellement peur et elle était tellement sûre d'elle que je me suis laissée, euh, porter. J'avais mon mari qui me disait, euh: "Arrête et, euh, fais ce qu'elle te dit".

Laurène:

Mais c'est une, un, une prise de recul énorme quand toi, t'as toutes ces infos, euh, de pas surinterpréter, par exemple, tes bêta-hCG mais d'écouter quelqu'un qui va le faire à ta place, de faire des échos quand on te le dit et pas quand toi, t'es, t'en peux plus.'Fin, je pense que c'est un exercice finalement pas facile de, d'être le, le patient.

Caroline:

Effectivement, mais ça m'a aussi permis de beaucoup changer ma façon d'être avec les patientes. Euh, par exemple, maintenant, une patiente qui m'envoie un message : "J'ai J'ai plus mal à la poitrine, je suis en début de grossesse, euh, j'ai peur que la grossesse soit arrêtée." Avant, j'aurais juste dit : "Mais non, vous inquiétez pas." Maintenant, bah, je, je suis plus douce. Je pense que j'ai gagné en douceur. Et puis, euh, si je vois que c'est vraiment la panique, je lui dis de passer au cabinet et je lui fais une écho rapidement. Mais je pense que ça a changé aussi ma façon d'être avec les patientes, honnêtement.

Laurène:

C'est qu'en fait, tu comprends Après cette, cette détresse de solitude en fait, dans laquelle t'es, de l'inconnu du premier trimestre.'Fin, c'est, c'est terrible. Mais donc, tu te laisses porter et cette grossesse se passe bien.

Caroline:

Cette grossesse se passe hyper bien. L'accouchement se passe hyper bien. J'ai mon, mon petit garçon, euh, le bonheur.

J'accouche et je me dis :

"Oh, c'est pas le dernier."

Laurène:

Tu l'as senti tout de suite.

Caroline:

Ouais, bah franchement, je pense que on est rentrés, euh, de la maternité et je crois que j'ai dit à mon mari : "Euh, je te préviens, y en aura, on aura un troisième enfant."

Laurène:

Et lui, il disait quoi? Ouais, ouais, c'est un petit peu tôt. Mais j'pense que c'est d'ailleurs très important quand c'est tu-- ta dernière grossesse de le mentaliser et de se dire : « C'est la dernière fois que j'suis à la maternité, c'est ma dernière tétée », c'est-- parce qu'en fait, c'est très-- ce deuil du troisième, je connais très bien aussi. Euh, si on l'a pas bien fait, qu'est-ce qu'il est dur. Euh, donc, donc toi, tu savais que c'était pas la dernière,

Caroline:

Ouais, je

Laurène:

que, que, qu'y en aurait un autre. Mais, mais donc c'est là que vous partez à San Francisco ? C'est ça? C'est après la naissance de ton fils?

Caroline:

Euh, on est partis, Gustave, on est arrivés à San Francisco, Gustave avait 2 ans.

Laurène:

Et donc là, y avait ce projet de troisième.

Caroline:

Oui, parce que, alors, c'est un peu intime ce que je vais vous raconter, mais, euh, on est arrivés à San Francisco, je pouvais pas être gynécologue. Euh, je ne pouvais pas travailler avec, euh, le visa que j'avais. Et on s'est un peu dit avec mon conjoint : "Bon bah, c'est peut-être le moment de faire un troisième." Euh, je suis disponible à la maison

Laurène:

Parce qu'attends juste, t'avais pas de reconnaissance de ton diplôme, hein, c'est ça?

Caroline:

Alors, y avait deux choses.

Un :

mon diplôme de médecin est pas, n'était pas reconnu aux États-Unis.

Et deux :

euh, j'étais sur le visa de mon mari et ce visa-là ne m'autorisait pas à avoir une activité professionnelle. Donc c'était un peu un double challenge. Il fallait que je trouve un travail. Bon, j'ai réussi, hein, j'ai trouvé un travail dans la recherche et qui me sponsorise. Comme on savait pas combien de temps ça allait prendre, etc., eh ben on

s'est dit euh :

on arrive et puis euh, j'arrête ma pilule et puis euh, on verra. Yolo.

Laurène:

Ouais. Ouais, ouais. Ah oui, parce qu'on n'a pas parlé contraception, mais donc toi, c'était pilule, hein, ta contraception.

Caroline:

Et ouais, j'ai, je, je prenais la pilule.

Laurène:

Donc là, t'arrêtes la pilule, Yolo.

Caroline:

Ouais.

Laurène:

Et la suite, j'te laisse, euh, me la raconter parce que c'est, c'est justement là, je crois, que…

Caroline:

Je tombe enceinte très rapidement. En plus, je pense que j'ai un décodeur à grossesse. Donc si tu veux, je pense que mes bêta hCG sont à vingt et j'ai déjà les boobs en feu et compagnie. Donc je me rends compte très vite que je suis enceinte, hyper heureuse, euh, mon conjoint hyper content, etc. Et euh, dix jours après, je saigne. Je me mets à saigner. J'avais forcément cette histoire des deux euh, fausses couches euh, précédentes en moi. Et donc tout de suite, je me dis : "Ben euh, ça y est, je refais une fausse couche. Ça me retombe dessus. Qu'est-ce que c'est injuste. Ça me retombe dessus. J'en ai déjà eu deux. À quel moment je suis celle qui va encore faire une, une fausse couche?"

Laurène:

Sachant qu'attends juste, petite parenthèse, mais toi en tant que gynéco, on peut peut-être rassurer certaines femmes, tu sais qu'on peut saigner sans que ce soit forcément un arrêt de la grossesse. C'est,

Caroline:

Complètement.

Laurène:

c'est fréquent les saignements, ouais.

Mais toi, tu te dis :

« Non, c'est, y a un blème.

Caroline:

Parce que je pense que j'avais en moi moi cette euh, peur et cette peur bleue de la fausse couche, en fait. Et donc euh, je saignais, j'avais un raccourci cerveau qui disait

:

c'est grossesse arrêtée, quoi. Et donc je vais consulter, euh, au, à San Francisco, du coup euh, une sage-femme dans mon système de soins. Parce que tu sais, à San Francisco, c'est un peu particulier. T'as-- t'es dans un système de soins.

Laurène:

T'as ton assurance,

Caroline:

Voilà. Donc, je vais chez Kaiser Permanente et euh, je me retrouve en consultation avec une sage-femme. En France, je suis gynéco. Euh, j'ai-- je suis enceinte, je saigne. J'appelle une copine, elle me fait l'écho direct.'Fin, tu vois, c'est facile. Là, je me suis retrouvée je suis enceinte, je saigne, j'ai pas accès à un gynéco, c'est pas mon, ma langue parce que ça faisait que trois mois qu'on était aux États-Unis, donc j'avais beau parler anglais, j'étais pas non plus euh, bilingue quoi. Et je vais à cette consultation et euh, évidemment, elle me fait une prise de sang. Mes bêta hCG étaient à 1000 et elle me fait une écho et elle me

dit :

« Il y a un sac gestationnel, euh, je vois une vésicule vitelline.» Et moi, je vois l'image en biais, tu vois, parce que j'étais allongée, donc je vois l'écran et je me dis à un moment donné : "Punaise, je trouve que le sac, il est bien aplati quand même, quoi." Mais encore une fois, tu vois, c'est, c'est pas une copine à moi, j'suis pas dans mon pays, donc euh, je me dis : « Bon bah OK, je repars.» J'écris à ma gynéco de France, donc à-- au docteur Carillo, qui me dit : « euh

:

«Respire, laisse-toi faire. Elle a vu une vésicule vitelline. Fais ton dosage d-- »Elle me prescrit quand même un dosage des bêta-hCG 48 heures après. Ce qui est pas du tout logique. Quand y a une vésicule vitelline, normalement, t'as pas à refaire les bêta-hCG, tu vois. La grossesse, elle est intra-utérine,

Laurène:

Est-ce que tu pourras peut-être nous faire juste une petite parenthèse là-dessus pour les femmes qui nous écoutent ? Euh, et on revient bien sûr à toi après, mais sur justement ce qu'on est censé voir, le sac, la vésicule, tu vois, et cette histoire de, euh, y a plus besoin de doser les bêta hCG tu as ça? Caroline: Alors, c'est très simple. Euh, en début de grossesse, les bêta-hCG, ils doublent toutes les 48 heures. Mais à partir du moment où à l'échographie, il y a la vésicule vitelline, qui est la première structure embryonnaire, on ne sait plus comment évoluent les bêta-hCG. Et ça n'a pas d'intérêt parce que la vésicule vitelline signe la grossesse intra-utérine. L'embryon, il sera dans l'utérus, en fait. Quand y a pas la vésicule vitelline et que tu vois juste un sac gestationnel, là, il faut continuer à faire la surveillance des bêta-hCG pour vérifier que ça évolue dans le bon sens ou que ça décroît pas, pas tu vois. Ouais. Ouais. Ouais, OK. Mais on y reviendra peut-être après, mais tu peux avoir le sac gestationnel dans l'utérus et malgré tout, une grossesse extra-utérine.

Caroline:

Alors du coup, c'est un pseudo sac. On parle pas

Laurène:

Oui, voilà, tu crois voir.

Caroline:

Tu crois voir un sac gestationnel, mais tu ne vois pas de vésicule vitelline ou d'embryon. Pour cause, il est, il est ailleurs, en fait. Et je pense que c'était mon cas, que la sage-femme, elle s'est trompée en faisant l'écho, en

Laurène:

Donc, tu rentres chez toi avec ton dosage de bêta-hCG en te disant

:

"C'est pas hyper logique, ce truc".

Caroline:

Ouais, moitié rassurée, mais je me dis : "C'est pas grave, t'as ta prise de sang dans 48 heures, tu verras bien". Et je fais ma prise de sang dans 48 heures et les bêta-hCG sont à 2006 Donc genre ont parfaitement doublé. Moi, je sais pas pourquoi, je me dis : « En vrai, au-delà de 1 000, j'ai l'impression que souvent, ça évolue, euh, plus vite, quoi, tu vois.» Mais j'écris à ma gynéco qui me dit : "Respire, ça a doublé, euh, tout va bien, quoi". Et en même temps, elle avait raison sur le papier.

Laurène:

Tu saignais toujours?

Caroline:

J'avais toujours, ouais, des petits saignements, euh, un peu marrons, tu vois. Et ouais, exactement.

Et je me dis :

« Bon allez, OK, je me, je, je, je fais confiance, je lâche prise, quoi.» Et j'avais un rendez-vous, euh 15, 10, 15 jours plus tard pour faire l'échographie de datation cette fois, avec l'idée de voir l'embryon, le cœur battre, etc. Et je me souviens très bien de la date puisque c'était l'anniversaire de ma sœur, tu vois.

C'est et je me disais :

« Je vais sortir de cette écho, je vais pouvoir dire à

ma sœur :

"Joyeux anniversaire, tu vas avoir un neveu ou une nièce", quoi.» J'étais-

Laurène:

Tu vas être tata, ouais,

Caroline:

Et j'avais rendez-vous à 15h euh, le douze juillet pour cette échographie et à midi, je suis prise d'une douleur, euh, dans le bas du ventre comme jamais. Et je vais m'allonger sur mon lit et je me mets à respirer.

Je me dis :

« Bon, c'est peut-être l'utérus qui se contracte, quelque chose comme ça.» Je me mets à avoir des nausées. Euh, les nausées sur la douleur, c'est quand même pas très bon signe. Et j'écris à mon mari en disant : « J'ai hyper mal au ventre. Je comprends pas ce qui se passe », par texto parce que du coup, il était au travail. Et la douleur ne passe pas. Et ça ne passe pas. Et je me lève et je, je, je me mets à transpirer. Je, je suis pas bien. Je continue à écrire à mon mari en disant, euh : « Vraiment, je, je suis inquiète. Euh, la douleur passe pas, c'est pas normal, etc. » Euh, j'étais allongée et là, je m'assois et je sens que je vais tomber dans les pommes.

Et je me dis :

« Waouh, là, on part dans une autre dimension.» Donc je me rallonge.

J'écris à mon mari :

« Il faut que tu rentres tout de suite. Ça va pas du tout. Euh, j'ai-- je suis à moitié tombée dans les pommes. Euh, il se passe quelque chose.» Et là, je commence à avoir mal aux épaules. Et ça, c'est le signe qu'il se passe quelque chose dans ton ventre et que tu saignes dans ton ventre.

Et là, j'ai fait :

"OK".

Laurène:

Tu le savais de tes études de médecine.

Caroline: Et là, j'ai fait :

"OK, tu es en train de rompre ta grossesse extra-utérine". Je le savais.

Laurène:

Ouais, t'as tout de suite fait le diagnostic.

Caroline:

Là, j'ai fait le diagnostic. J'ai fait le diagnostic et je savais que c'était à droite parce que j'avais eu très mal à droite. Et du coup, je réécris à mon mari en disant : « Euh, je suis sûre que je suis en train de rompre ma G.U. Il faut que tu rentres.» En plus, quand on a relu les messages, on voit que c'est de pire en pire, quoi. Vraiment, c'est de plus en plus inquiétant. Sauf que mon mari, euh, c'était son premier jour dans un des trois hôpitaux où il travaillait et il arrêtait pas de me répondre : « C'est mon premier jour, je ne peux pas rentrer. C'est mon premier jour, je ne peux pas partir en disant : "Ma femme a mal au ventre." Ça n'est pas possible.» Et en fait, j'ai fini par appeler une autre Française qui travaillait avec lui et qui était là depuis, euh, plus longtemps.

Je lui ai dit :

« Céline, il faut que Maxime rentre. Je suis en train de rompre ma grossesse extra-utérine. Je vais mourir.» Et je lui ai littéralement dit : « Je vais mourir.» Elle m'a dit-

Laurène:

Ouais. Alors toi, t'as dit ça sous l'effet de la peur, mais est-ce que tu s-- c'est une réalité ? C'est, ça peut être extrêmement dangereux pour la maman. maman

Caroline:

J'avais peur, mais je sentais que je, je pouvais mourir. Je,

Laurène:

Tu partais ? Ouais, ouais, ouais.

Caroline:

Jamais eu ce sentiment. J'ai eu un sentiment de mort imminente. Je, je, je n'ai ja-jamais eu mal comme ça et j'étais sans solution. Je ne pouvais pas me lever, je ne pouvais pas assise, je tombais dans les pommes. Donc je, je, je sentais que si je, si, si personne ne venait m'aider, j'allais mourir. Et puis il y a toujours cette peur aux États-Unis de, euh, combien ça va me coûter. Donc je n'ai pas voulu appeler le 911.

Laurène:

Ah ouais, c-c'est,

Caroline:

Ce qui est complètement, a posteriori, ce qui est débile. Mais en fait, tu sais, on était là-bas depuis, euh, trois mois et demi, on connaissait pas encore grand monde.'Fin, tu vois, c'était vraiment une succession de, de choses qui faisaient que j'ai pas pris les bonnes décisions au bon moment. Toujours est-il que Céline est allée voir le chef et lui a dit : « Il faut que tu l'aides à récupérer Maxime, sa femme va pas bien du tout ». Euh, et je pense que mon mari me croyait pas.

Je pense qu'il se disait :

« Elle exagère, elle exagère, elle exagère ». Il est rentré à l'appart.

Laurène:

Il connaît ton niveau d'information quand même?

Caroline:

Ouais, mais je,

Laurène:

Bah t'es gynéco, tu vois.

Caroline:

Je pense qu'il s'est dit que j'ai, j'exagérais. Il-- je pense qu'il me croyait pas. Mais quand il a ouvert la porte de l'appartement et qu'il m'a vu , son visage s'est littéralement décomposé.

Euh, et là, il m'a dit :

« Bon, bah OK, on y va ». Euh, ils m'ont porté parce qu'il y avait, euh, un, un collègue à lui qui était, euh, un autre Français qui était venu avec lui. Bref, ils m'ont porté jusque dans la voiture. Et là, ça a été le début de l'enfer en termes de douleur. Parce que comme j'a-j'avais plein de sang dans le ventre, le moi-- la moindre secousse sur la route me provoquait des douleurs terribles. Euh, donc il y a eu tout le

Laurène:

tu pouvais pas prendre des antidouleurs, toi qui, qui connais euh…

Caroline:

Mais je, j'avais rien.

Laurène:

pas osé prendre que-, quoi que ce soit? Caroline: J'avais, j'avais du tu vois, j'étais-- on venait d'arriver, donc j'avais pas encore ma pharmacie aux États-Unis, tu vois. Donc j'ai-- je crois que j'ai pris un Doliprane au début des douleurs. Et puis quand bien même quand t'as un hémo-péritoine, le Doliprane, ça suffit pas, en fait. Ouais, ouais. Ouais. Ouais, ouais, ça suffit pas.

Caroline:

Donc fenêtre ouverte, euh, à chaque, à chaque fois qu'il y avait une secousse sur la route, je hurlais, etc. On arrive à Kaiser Permanent et en fait, pareil, on-- les hôpitaux sont pas du tout fichus de la même façon. Donc on prend pas la bonne entrée.'Fin, arrivée chaotique aux urgences. Et là, on arrive aux urgences, euh, on me prend mes constantes. Je vois que ma tension est très faible et on me passe directement euh-- enfin le médecin vient directement me voir. Pour le coup, là, hyper efficace. Petite parenthèse. À l'arrivée, j'ai deux personnes qui, à chaque fois qu'elles se présentaient, se penchaient vers moi et me disaient : « Vous êtes en sécurité ici. Est-ce que, euh, votre conjoint est violent avec vous ? Est-ce qu'il vous bat ? Euh, si oui, euh, vous pou-- c'est tout de suite qu'il faut nous le dire et on peut vous aider.» Improbable. On fait, on fait pas du tout ça en France. En tout cas, moi, j'ai jamais fait ça.

Laurène:

Ouais.

Caroline:

Donc les deux fois, évidemment, j'ai dit : « Non, je suis en sécurité », mais j'ai trouvé ça, euh…

Laurène:

Il ne me croyait pas y a cinq minutes, mais ça va.

Caroline:

Et puis bah là, direct, le méde-- donc j'explique au médecin que je suis enceinte, que j'ai fait des bêta-hCG que je suis gynécologue et je pense que je fais une grossesse extra-utérine. Il pose la sonde d'écho, euh, sur mon ventre et là, je vois du sang partout, du sang partout et je, je sais ce qui m'attend. Je sais ce qui m'attend. Je sais que je vais passer au bloc. J'en discute avec mon mari et je me dis, euh, je leur, je leur demande de me retirer la trompe. Parce qu'en fait, tu sais, quand t'as une grossesse extra-utérine et que tu passes au bloc, soit on peut essayer de faire partir la grossesse en essayant de garder une trompe à peu près saine, soit on retire complètement la trompe.

Laurène:

Et pourquoi toi tu préférais qu'on retire la trompe?

Caroline:

Alors là, c'est un avis très personnel et c'est pas un avis, euh, de médecin. Euh, j'avais tellement mal que je me suis dit : « Euh, imagine, un jour, t'es enceinte, euh, tu peux pas prendre le risque que la trompe soit abîmée et que ça recommence et que t'aies re-mal comme ça, en fait. Donc cette trompe-là, on l'oublie. Ouais.

Laurène:

Ouais parce que tu t'es dit c'est qu'elle a peut-être un souci et j'peux pas prendre le risque que ça se reproduise. Ouais, OK.

Caroline:

Et là, l'attente est longue. L'attente est longue parce qu'il y a déjà quelqu'un au bloc, euh, en urgence. Donc l'attente est longue et terriblement douloureuse. Je Je n'ai jamais eu aussi mal de ma vie. Pourtant, j'ai accouché trois fois.

Laurène:

Ouais. Ouais, c'est ça. Par rapport aux contractions de l'accouchement, euh, on est un level au-dessus.

Caroline:

En fait, euh, les contractions de l'accouchement, c'est terriblement douloureux, mais t'as toujours cette idée de, euh : "Je vais avoir mon bébé dans les bras."

Laurène:

Ouais, tu sais pourquoi. Ouais, ouais.

Caroline:

Là, t'as mal et t'as l'impression que tu vas mourir. Et vraiment,

Laurène:

Mmm.

Caroline:

J'ai une espèce d'angoisse, de douleur anxieuse. Je sais pas comment décrire le truc, mais c'est horrible. Y a pas d'autres mots.

Laurène:

Ouais,

Caroline:

Eh ben, vous passez au bloc. Et là, l'infirmière relève le dossier du brancard et commence à faire bouger le brancard.

Et là, pareil, je me dis :

mais-- je hurle et je leur dis : « Mais stop,

arrêtez quoi ». Genre :

« Vous pouvez pas me faire ça ». La médecin arrive,

dit :

« On y va tout doucement » parce qu'en fait, j'avais plein de sang dans le ventre, donc le moindre choc donnait des douleurs horribles. Et euh, je dis au revoir à mon mari, je vais peut-être un peu pleurer.

Je lui dis :

« Bon bah, tu fais un bisou aux enfants, je rentre demain ». Et je, je me mets à pleurer et je me dis : « Tu pleures, tu as tellement mal que tu ne peux plus respirer. Donc en fait, ma vieille, là, il faut que t'arrêtes de pleurer parce qu'il faut juste que tu respires. La seule chose que tu dois faire maintenant, c'est respirer jusqu'à ce qu'on t'endorme ». Donc en fait, j'avais envie de chialer comme jamais.

Et je me disais :

« Mais tu peux pas pleurer, tu vas mourir en fait. Donc arrête de pleurer. Et là, la seule chose que t'as à faire, c'est respirer quoi ». Donc je, je regardais le plafond

Laurène:

Ouais, oui parce que de pleurer, ça te faisait encore plus mal?

Caroline:

Horriblement mal. En fait, les sanglots, les sanglots me faisaient mal et me coupaient la respiration.

Et je me disais :

« Mais tu ne peux pas mourir en pleurant en fait. Donc arrête de pleurer et respire». J'ai vraiment eu peur de mourir.

Laurène:

Ouais, mais je le, je

Caroline:

Du coup, je passe les, tu sais, comme dans les films, mais ils ont raison en fait. C'est ce que tu vois quand t'es sur le brancard. Je voyais les lattes du plafond, là, passer. Je savais pas où j'étais, je savais pas où était le bloc. Et j'arrive enfin au bloc et je me dis : « C'est bon, euh, t'es sauvée. Maintenant, euh, tu peux te laisser aller ». Et en fait, euh, à partir du moment où je suis rentrée dans le bloc, je me souviens souviens de rien. Je me souviens de la gynéco qui me tient la main et qui me dit : « Euh, je te tiens la main jusqu'à ce que tu t'endormes». Et après, je me souviens de rien.

Laurène:

Ouais. Ouais parce que c'était une anesthésie générale.

Caroline:

Ah ouais, ah oui, oui, oui. Oui, oui. Tu sais, c'est une coelioscopie, donc c'est

Laurène:

ouais. Ouais, ouais. Ouais, ouais.

Caroline:

anesthésie générale, sinon ça fait, ça fait trop mal.

Laurène:

Et toi, t'as pu leur donner ta consigne, entre guillemets, de retirez ma trompe, n'essayez pas de la sauver?

Caroline:

Ouais. En fait, la gynéco, euh, quand elle est venue v-, venue me voir, euh,

avant le bloc, elle m'a dit :

« Euh, j'ai vu que tu étais gynéco. Euh, je sais que tu sais. Euh, est-ce que tu as des consignes particulières ? » Et là, je lui ai

dit : « euh :

«Just remove it ». Et elle a dit : « Ok, j'enlève la trompe.

Laurène:

Et est-ce que dans ta tête, à ce moment-là, t'avais la, la lucidité, mais t'étais en, tellement en train de souffrir que peut-être pas, mais de te

dire :

« Voilà, est-ce que ça réduit mes chances d'une autre grossesse ? » Ou est-ce que t'en étais pas là et t'étais juste là : « Faut que je survive. Et, euh, si, si j'ai plus de chance de grossesse…" parce que toi, tu connais le fait que voilà, les trompes sont mobiles, ça réduit pas non plus beaucoup la fertilité, mais ça peut faire peur qu'on

te dise :

« On va t'enlever une trompe".

Caroline:

Alors, euh, justement, c'est plutôt, euh, l'effet inverse.

Je me suis dit, euh :

« Je sais que ça réduit pas les chances de grossesse, donc en fait, euh, on l'enlève.» Euh, et honnêtement, à ce moment-là, je me disais, euh : « Bah en fait, y aura pas de troisième. Je prends pas ce risque. Euh, En fait, une grossesse, c'est trop risqué. Je prends pas ce risque. J'ai mes deux enfants, ils sont en bonne santé.» Et j'ai tellement eu peur de mourir qu'à ce moment-là, je me disais : « Tu peux pas laisser tes deux enfants sur le carreau parce que t'as, euh, envie d'un troisième.

Laurène:

Je

Caroline:

à ce moment-là, je lui ai demandé de l'enlever et c'était comme ça. C'était,

Laurène:

Hm, OK.

Caroline:

un peu arbitraire.

Laurène:

c'était ta bonne solution à toi.

Caroline:

Ouais. Et après, euh, je me réveille, je me sens extrêmement bien. Je me sens soulagée, je me sens hyper sereine et je me sens pas triste. Je me sens soulagée, en fait. Je pense que j'ai tellement eu peur de, d'y rester que c'était

plutôt :

« Ouf, En fait, c'est bon. J'ai survécu et je vais bien. Donc y a eu une petite lune de miel après, pendant 2, 2, 3 mois où, euh, il a-- on n'a jamais trop reparlé de est-ce qu'on on retente une grossesse. C'était pas du tout la question en fait. J'étais bien, je me sentais, ouais, je me sentais apaisée, je me sentais, euh, je me sentais juste bien et soulagée. Donc on est pendant 2, 3 mois, on n'en a pas parlé.

Laurène:

Et attends, j'ai une question pour toi avant qu'on parle de la suite. Parce que tu sais, enfin moi, moi, j'ai cette vision-là qui est peut-être biaisée, mais c'est que un arrêt de grossesse comme t'avais vécu les deux

fois avant, tu vas dire :

« Bah c'est un bébé qui était non viable, qui, voilà, qui pouvait pas se développer, etc. Et là, y a un côté un petit peu de se dire : « Bah c'est juste qu'il était pas au bon endroit.» Tu vois, c'était peut-être un embryon, euh, "en pleine forme" entre guillemets. Est-ce que c'est des trucs qui t'ont traversé l'a-l'esprit ? Ou parce que moi, je trouve ça terrible avec la grossesse extra-utérine. J'avoue que c'est un truc qui me fait de la peine à chaque fois parce que

j'me dis :

« Punaise, il est juste pas allé au bon endroit, mais il était peut-être parfait, ce petit embryon.

Caroline:

Oui, je me le suis dit, mais pas tout de suite.. Je te dis, y a eu une espèce de lune de miel de quelques semaines ou quelques mois, je saurais pas exactement dire, où j'étais juste soulagée et c'était comme ça et puis, euh, et c'était comme ça.

Laurène:

D'être là pour tes deux premiers enfants, euh,

Caroline:

Et d'aller bien et de ne plus avoir mal, etc. C'est toutes ces réflexions, elles sont venues après, quand, euh, le désir d'avoir un troisième enfant est revenu.

Laurène:

Oui, parce qu'il était pas parti, finalement.

Caroline:

Et ben finalement non, il était pas parti et c'est revenu petit à petit tu vois. C'est pas revenu du jour au lendemain, je veux un troisième. C'est j'ai senti que ça me réenvahissait, euh, petit à petit. Et justement, ces questions-là sont arrivées à ce moment-là, euh, un profond sentiment d'injustice. J'ai déjà fait deux fausses couches, je me tape une grossesse extra-utérine, mais en plus une grossesse extra-utérine rompue. Qu'est-ce que j'ai fait en fait? Pourquoi c'est moi ? Pourquoi ça arrive à moi tout ça quoi? Euh, et puis évidemment la question de, euh, pourquoi j'ai fait cette grossesse extra-utérine alors que j'avais zéro facteur de risque? Je fumais pas, euh, j'avais pas eu d'infection génitale haute.'Enfin j'avais vraiment aucune raison de faire cette, euh, cette grossesse extra-utérine. Je me suis fait aider de Richard parce qu'à ce moment-là, j'ai de nouveau eu un peu, euh, d'anxiété, euh, j'étais triste.'Fin, ça a été une période un peu difficile à traverser et Richard m'a beaucoup aidée.

Laurène:

Richard, Richard qui est psy et que j'ai reçu dans le podcast aussi grâce à toi, euh, parce que tu m'avais mis en relation avec lui sur le sujet de l'épigénétique, épisode trop cool.

Caroline:

Il m'a beaucoup aidée à me dire, T'as T'as le droit d'avoir un troisième. T'as le droit de dire tout ce qui t'est arrivé, c'est injuste ». Mais en fait, globalement, le message, c'était : "Maintenant, regarder derrière, ça va pas t'aider à avoir un troisième. Donc, euh, je vais t'aider à regarder, euh, devant quoi"

Laurène:

Et à te débarrasser de ce bagage de peur. Ouais

Caroline:

L'objectif était de se débarrasser de, de cette peur qui était forcément un peu présente hein, mais qui a largement, euh, diminué.

Laurène:

Donc t'as pris ton temps, le temps de retravailler sur toi, sur ton, ta tête, ton cœur, pas juste ton corps, corps mais, euh, pour être prête pour, euh, te relancer dans un projet de troisième grossesse, enfin de quatrième. Mmm-hmm.

Caroline:

Et puis y avait, euh, l'éloignement, l'éloignement avec, euh, ma famille aussi, j'pense, qui a un peu joué et qui m'a permis de prendre mon temps et de me poser les bonnes questions. Tu sais, quand t'es en expatriation, ça resserre quand même un peu les liens familiaux de ton cocon très proche, tu vois. Donc, euh, je, j'avais l'impression de me gonfler, euh, et de me rebooster avec mes enfants, avec mon mari, euh, et de enfin prendre le temps de me poser les questions sur moi et, euh, comment j'allais, comment j'allais aller, comment on allait faire, tu vois.

Laurène:

Et tu t'es sentie prête.

Caroline:

On s'est sentis prêts parce que mon conjoint, enfin Maxime, euh,

m'a dit, euh :

« Moi aussi, j'ai envie d'avoir ce troisième » et je pense que j'avais aussi besoin de l'entendre. On le fait pas que pour moi et toi aussi, t'as vraiment envie d'avoir un troisième enfant et, euh, et c'est notre projet à tous les deux, tu vois.

Laurène:

Et donc là, comment t'abordes ce truc de : "Bon, bah y a plus qu'une trompe" ? Euh, est-ce que peut-être on peut en profiter pareil pour faire une mini parenthèse sur le fait que n'avoir plus qu'une trompe ne divise pas par deux les probabilités de grossesse? Caroline: Pas du tout. Et ça, il y a l'étude euh, je crois que c'est l'étude Déméter, elle s'appelle, euh, qui est, euh, très claire sur le sujet. Euh, après une grossesse extra-utérine, euh, opérée hein, je parle des grossesses extra-utérines opérées, opérées entre la salpingotomie ou la salpingectomie, donc entre garder la trompe ou retirer la trompe, les chances de grossesse derrière sont les mêmes. Parce qu'en fait, dans notre imaginaire, euh, l'ovaire, il est collé à la trompe alors qu'en fait pas du tout. L'ovaire et la trompe sont indépendants. Alors, il y a une certaine proximité, mais ils sont indépendants. Et même si on ovule de l'autre côté, par différents mécanismes, et notamment de chimiotactisme, et puis la trompe est libre dans notre ventre, on peut tout à fait aller capter, euh, l'ovocyte qui aurait été libéré par l'autre ovaire. ça, t'en étais bien consciente toi. Donc t'avais déjà cette crainte en moins, je pense, euh, par rapport à ta fertilité, euh,

Caroline:

Ah ouais, vraiment. Ça, c'était très clair dans mon esprit, ça rentrait pas dans l'équation, c'était pas un problème.

Laurène:

Ouais. Ouais. Par contre, le, la peur de peut-être revivre Une GEU, ça, c'était présent.

Caroline:

Et ben j'avais double peur. J'avais peur de refaire une fausse couche et j'avais peur de refaire une grossesse extra-utérine. Ah tu

Laurène:

avais perdu toute ta naïveté, euh, sur la grossesse, là.

Caroline:

Ouais. En fait, tu déjoues toutes les statistiques. Donc euh, te raccroche plus aux statistiques, ça peut te retomber dessus. J'avais ce poids-là. Et j'avais aussi-- Mais ça, c'est des mauvaises pensées hein, c'est pas du tout euh-- C'est, c'est des mauvaises pensées et c'était pas du tout fondé scientifiquement. C'est vraiment des, des pensées de femme qui veut avoir un bébé et qui déraisonne, on va dire. Donc j'avais ça.

Et j'avais aussi :

« Ben en fait, t'as déjà fait la fausse couche. T'as déjà fait la grossesse extra-utérine rompue. Prépare-toi parce que même si t'es enceinte, il peut quand même t'arriver une autre tuile pendant la grossesse, quoi. Et là, j'avais tendance

Laurène:

avoir la grossesse molaire, euh.

Caroline:

Non, mais même grossesse molaire euh. Tu vois, je déroulais tout le, le fil de la grossesse et je voyais toutes les échéances. Donc grossesse molaire. Moi, j'avais une petite angoisse aussi, c'était les jumeaux. Des jumeaux, euh, un enfant qui est atteint de trisomie vingt-et-un, la prééclampsie. Et là, je déroulais vraiment tout mon obstétrique et je me disais : « Tu déjoues tous les statistiques, donc prépare-toi, il peut t'arriver n'importe quoi pendant cette grossesse.» Et c'est là où Richard m'a beaucoup aidée.

Laurène:

À t'apaiser par rapport à tout ça.

Caroline:

Ah oui, et vraiment, je lui dois beaucoup parce qu ça, il m'a, il ne m'a, pas guérie, mais en tout cas, il m'a aidée à ce que ça ne m'envahisse pas pendant ma grossesse.

Laurène:

Et donc, raconte-nous, elle, elle est arrivée cette grossesse. Euh, comment c'était les premiers jours, justement ? Est-ce que t'as été un peu, euh, obsessionnelle des bêta hCG, à en faire tout le temps, euh, des échos ? Et en même temps, t'étais toujours aux États-Unis, donc t'avais pas, tu étais une patiente lambda, entre guillemets, donc t'avais pas droit à plus.

Caroline:

lambda, mais, euh, à l'issue de l'intervention chirurgicale et au moment de ma consultation post-op, quand j'ai revu la gynéco, je lui ai demandé si elle acceptait de me suivre. Et donc elle m'avait revue, euh, six mois après ma grossesse extra-utérine

et je lui avais dit :

« Je crois que j'ai de nouveau envie d'avoir un enfant. Et elle m'avait répondu que dans ces cas-là, je lui envoyais un message dès que j'avais un test urinaire de grossesse positif et qu'elle m'accompagnerait, qu'on ferait des échos très régulièrement, etc. Donc j'étais très rassurée. Et c'est ce qu'elle a fait. Elle m'a prescrit exactement ce qu'on aurait fait en France, des bêta hCG toutes les quarante-huit heures, jusqu'à ce qu'on puisse se dire : on va faire une écho. Elle m'a fait une première écho et j'avais une écho tous les dix jours.

Laurène:

Ouais, OK. Ouais. Ouais, OK. Et là, t'avais pas ton sac aplati, euh, comme la première fois, euh, t'as tout de suite vu que, que ça allait.

Caroline:

Ça-- J'ai tout de suite vu que ça allait et, euh, je saignais pas. J'avais, euh, des seins, euh, énormes, j'avais des nausées à ne plus savoir quoi en faire. Et je, je, je me revois me dire: "mais je suis tellement contente d'avoir envie de vomir ! Je suis contente. C'est pas grave".

Laurène:

Le package qui rassure. Ouais. Du coup, tu passes l'écho de datation, tu souffles un grand coup, j'imagine? Caroline: Et là, personne dans Ah oui, tu l'as gardé pour toi? Caroline: Je l'ai, je l'ai gardé pour moi. enfin, je l'ai gardé, mon mari et moi. On l'a pas dit aux enfants non plus, parce qu'on on essayait de se raccrocher à ce qui nous avait rendus hyper heureux pendant la grossesse de Faustine et de Gustave. Et c'est vrai qu'on avait gardé un souvenir, euh, hyper, euh, agréable et sympa de toute la période, euh, pendant la grossesse de Faustine où on l'avait dit à personne. Et du coup, on avait un peu envie de revivre ça une dernière fois. Donc, tu vois, on était invités chez des copains à San Francisco et bah, euh, ils buvaient mon verre d'alcool. On avait l'impression d'être un peu des, des foufous quoi. tu vois. Des petits jeunes.

Caroline:

Ouais, voilà,

Laurène:

Ouais.

Caroline:

Et je l'avais pas dit à mes parents en me disant : bah de toute façon, ils sont en France, donc, euh, s'il m'arrive quoi que ce soit, ils seront pas vraiment là pour m'aider. Et on rentrait passer des vacances l'été.

Et je m'étais dit :

"Bah, j'ai envie de leur dire de vive voix en fait. J'ai pas envie de leur dire au téléphone ou en FaceTime". Donc, euh, voilà. Notre famille était pas au courant et les enfants n'étaient pas au courant.

Laurène:

Oui, puis est-ce qu'ils avaient vécu la grossesse, ils s'étaient rendu compte tes enfants de la grossesse extra-utérine ? Ils étaient assez grands? Caroline: Alors ma grande, oui ma grande, Mon garçon, non, pas oui, peut-être que t'as--

Caroline:

Et donc Richard faisait partie aussi des… Bah, il a fait partie de mes personnes ressources pendant tout le début de la grossesse. Et donc je lui avais dit à quel moment je le dis aux enfants? Je veux pas les inquiéter parce que si qu'ils soient inquiets que ça recommence, etc. Et donc il m'avait dit : « Bah, tu, tu le dis quand t'as fait ton écho du premier trimestre ». Et donc on était à Yellowstone, en van, euh, en vacances, juste avant de rentrer en France.

Et, euh, mon mari me dit : « euh :

«Allez, regarde, on a un feu de camp, on est bien. Tant pis, on n'a pas fait l'écho du premier trimestre, mais allez, on leur dit » et tout. Et donc on se pose et puis, euh, hyper solennel : « Bon les enfants, on a quelque chose à vous dire. euh. J'espère que vous allez être contents. euh. Bah, vous allez avoir un petit frère ou une petite sœur ». Et alors là, euh, ok. On fait un Uno? Laurène: L'ingratitude.

Caroline:

Je pense qu'ils ont pas… Ou alors, on avait mis trop de, trop d'attentes dans leur réaction et euh, un non-sujet pour eux. Genre la vie continue. Super.

Laurène:

Ouais. Ouais. OK.

Caroline:

Génial.

Laurène:

Bon bah fine.

Caroline:

Voilà. Et puis après, on rentre en France. Alors non, dans l'intervalle, aux États-Unis, ils font euh, l'échographie du premier trimestre. Ils la font plus tard. En revanche, ils te font une énorme prise de sang, euh, avec tout un tas de marqueurs génétiques. Donc avant de rentrer en France, je fais cette énorme prise de sang. Je sais que mon bébé n'aura pas, euh, de mucoviscidose, de pathologie euh, complètement incroyable, mais personne n'a regardé s'il a euh, deux jambes, deux bras et une tête, globalement.

Laurène:

OK.

Caroline:

Du coup, en France, je décide de faire une échographie du premier trimestre comme on a l'habitude en France. Et là, l'échographie du premier trimestre, euh, nickel, tout va bien, euh, RAS.

Laurène:

Ouais, OK. Donc là, t'étais rassurée, t'as pu poursuivre ta grossesse, euh, pépère.

Caroline:

Ouais. Et après, grossesse très sereine, euh, pas de souci particulier. Alors un peu spéciale à mes yeux parce que j'ai été aux États-Unis, donc euh, elle aura forcément une saveur un peu particulière, mais euh, grossesse nickel.

Laurène:

Et tu disais tout à l'heure que, euh, le fait d'avoir vécu des arrêts de grossesse, ça te faisait aborder différemment, euh, tes patientes qui le vivent. Est-ce que sur la grossesse extra-utérine, t'as eu l'occasion d'en vivre après toi en tant que gynéco ? Alors, quand t'as repris, euh, en France, du coup, parce qu'aux États-Unis, tu pratiquais pas, mais, 'fin pas en tant que, que gynécologue, mais,

Caroline:

les grossesses extra-utérines rompues, tu les reçois souvent aux urgences gynéco. C'est quand même très rare de les avoir au cabinet. Donc je n'ai pas eu l'occasion de recevoir une patiente qui a une grossesse extra-utérine rompue. En revanche, je je redouble de vigilance dans dans mon propre cabinet et je suis vraiment intransigeante sur toute femme en âge de procréer qui saigne. C'est une grossesse jusqu'à preuve du contraire et une grossesse extra-utérine en particulier. Je Je fais très facilement des surveillances de bêta-hCG et de cinétique des bêta-hCG et je fais plus de deux dosages, tu vois. J'ai tendance à en faire trois, voire trois, puis un dosage

Laurène:

Parce qu'en cas de GEU, ça peut, euh, aller plus vite, c'est ça ? Ça peut monter plus fort? Caroline: Non, en cas de bêta hCG, ils vont pas doubler. Ils vont avoir tendance à augmenter ou stagner. Tu vois, moi, dans mon cas, mes bêta-hCG ils ont doublé, ce qui est très étrange. En vrai, euh, le premier dosage, il aurait été à 1000 et le deuxième peut-être à 1300, tu vois. Ouais,

Caroline:

Ça n'aurait pas dû faire 1000, 2000. Et c'est ça qui a induit la gynéco en erreur.

Laurène:

Ouais, OK. Ouais, donc toi, t'es particulièrement vigilante à ça? Caroline: Moi, dès que les patientes, correcte, je les renvoie du coup coup vers les urgences gynéco, soit du CHU, soit de, des cliniques qu'il y a à Rouen. Non, mais c'est intéressant de voir après comment, euh, quand t'as vécu une épreuve comme ça, euh, tu l'abordes de de l'autre côté, quoi.

Caroline:

Ah, puis a posteriori, je me dis, je revois des patientes que j'ai prises en charge au CHU d'Angers où on traîne jamais, hein, pour prendre en charge les grossesses extra-utérines rompues, mais où je me

dis :

« On aurait dû faire plus vite.» En fait, ces patientes-là, elles peuvent pas attendre sur leur brancard. Moi, l'attente m'a semblé affreuse. Ces patientes-là, t'as le diagnostic. Après, évidemment, t'as la logistique, il faut que t'aies un groupe sanguin, il faut que l'anesthésiste soit prêt, il faut qu'il y ait un bloc de dispo. Mais en fait, ces patientes-là, on doit s'efforcer de pas les faire attendre parce que la douleur est horrible. horrible

Laurène:

Oui, la douleur et toi tu as beaucoup dit que t'avais peur de mourir, mais parce que malheureusement, peut-être faut qu'on le précise, mais on peut mourir, euh, d'une GEU non prise en charge.

Caroline:

Ah oui, oui, parce qu'en fait, ça saigne à l'intérieur du ventre. La trompe, en fait, se rompt et donc l'organe saigne et, euh, ça saigne parfois beaucoup et vite. Et finalement, c'est une hémorragie interne.

Laurène:

Ouais, c'est ça. D'où l'importance de vite consulter. Alors, faut peut-être qu'on relativise beaucoup. C'est normal d'avoir des tiraillements dans le bas du ventre, en début de grossesse, etc. Voilà, faut pas, surtout pas paniquer. Mais une douleur très vive comme toi t'as ressenti, faut, euh, faut dire à son mari que c'est maintenant et qu'il faut, t'emmener qu'il faut t'emmener aux urgences.

Caroline:

Ouais. Cette douleur-là, je l'avais jamais ressentie. C'est une douleur qui est pas comme les autres.

Laurène:

ouais. Et toi, c'est parce qu'elle était rompue, mais quelqu'un pour qui elle était pas rompue, c'est quoi les signes ? Euh, t'as parlé des épaules tout à l'heure, etc. mais les signes qui peuvent mettre la puce à l'oreille? Caroline: Alors les épaules, c'est Donc ça, c'est vraiment, genre, on se pose pas de questions, on va aux urgences Mhm. Ouais.

Caroline:

Les signes de la grossesse extra-utérine, c'est une douleur qui passe pas avec, euh, les antalgiques simples, associée souvent à des métrorragies, c'est-à-dire des saignements. Et c'est pour ça que tous les débuts de grossesse qui saignent, nous, les gynécos, on surveille et on fait systématiquement des bêta-hCG et on regarde à l'écho parce qu'en fait, c'est notre arrière-pensée, c'est la grossesse extra-utérine. C'est ce qu'on doit s'efforcer d'éliminer, en fait.

Laurène:

Oui Alors même que des saignements peuvent être complètement, euh, anodins, mais tu dois écarter cette piste.

Caroline:

Exactement. Et nous, c'est, euh, c'est, c'est ce qu'on s'efforce à faire quand une patiente est en début de grossesse et qu'elle saigne. Ce qu'on veut éliminer en premier, c'est la grossesse extra-utérine.

Laurène:

Ouais, ouais, ouais. Bref, ta petite fille est arrivée aux États-Unis et vous êtes rentrés, du coup, à cinq à Rouen?

Caroline:

À cinq, ouais. Euh, on est rentrés à Rouen

Laurène:

pour reprendre du service, euh…

Caroline:

Exactement. Et je suis, euh, la plus heureuse au monde d'avoir, euh, mes trois enfants.

Laurène:

Là, ça y est, tu sens que la boucle est bouclée.

Caroline:

Ah oui, la boucle est bouclée. La boucle est tellement bouclée que mon mari a fait une vasectomie, tu vois

Laurène:

Ah bah formidable.

J'allais te dire :

« Tu veux pas te mettre à la sympto maintenant ? » Mais non, du coup, euh, t'as fait la vasectomie.

Caroline:

Non, j'ai, j'ai bien, j'ai bien argumenté et, euh, et mon mari a tout de suite dit oui. Hm. Ouais.

Laurène:

OK, trop bien. Est-ce que t'as un mot de la fin sur tout ça à nous partager, euh, par rapport à tout ce qu'on s'est dit pour, euh, pour boucler la boucle aussi de cet épisode? Caroline: Que lorsqu'on a envie d'un moment, mais, euh, c'est la plus belle chose qui puisse arriver, euh, à une femme qui a envie d'un enfant. Parce que je respecte aussi tout à fait, euh, le fait de pas avoir envie d'enfants. Mais quand on a envie, euh, d'être maman, euh, et de connaître ce que c'est que, euh, avoir une famille, il faut foncer et pas trop se poser de questions sur, euh, est-ce que c'est le bon moment. Et je pense qu'il faut pas avoir peur de se faire accompagner quand on a eu, euh, des événements un peu difficiles dans notre vie obstétricale pour aller mieux. Parce que, euh, y a pas de honte à être triste, y a pas de honte à avoir peur. Il faut juste se faire aider. Dans votre maison, euh, y a, vous avez des pros aussi comme ça de l'accompagnement ? Ouais, maintenant, t'es sensible à ça, tu, tu en veux dans la boucle.

Caroline:

Ouais, il y a, il y avait pas que, il y avait pas que Richard. Il Y avait aussi euh, mes deux gynécos qui ont été là, tu vois. Danielle Carillo qui a été là pour Gustave. Euh, Ça a été elle mon soutien, ça a été elle euh, ma béquille. Aux États-Unis, c'était Richard parce que tu vois, il faisait par visio, mais il y avait aussi ma gynéco des États-Unis qui m'a beaucoup aidée. Et je pense qu'il faut pas avoir peur de dire à son

médecin :

« Là, j'ai besoin d'aide. Euh, je veux ce bébé, je, je, j'ai peur, j'ai besoin d'aide, aidez-moi ». Parce que je pense que ça change la donne.

Laurène:

Ouais. Ouais, ouais. Toi, tu le savais probablement déjà avant, mais, euh, je suis sûre que ça a fait de toi une gynécologue encore différente, euh, tout ça dans ton rapport à tes patientes.

Caroline:

Ah ben évidemment.

Laurène:

Ouais. Ouais. Ouais. Ouais.

Caroline:

En fait, je me rends compte aussi qu'il y a certaines choses où, euh, pour moi, c'est mon métier, c'est juste mon métier. Faire une écho, c'est mon métier, etc. Mais pour la patiente qui est en face, c'est un moment hyper important dans sa vie. Tu vois, c'est comme les césariennes que je faisais.

Je me suis toujours dit :

« Ça doit pas juste être une césarienne de plus », parce que pour cette patiente, c'est juste sa césarienne et c'est la naissance de son bébé. Donc, pour la patiente, c'est un moment exceptionnel. Et donc toutes les échos que je fais et les suivis que je fais, j'essaye de

me dire à chaque fois :

« En fait, OK, toi, c'est entre guillemets, juste une patiente de plus, mais elle, c'est, euh, une consultation qui est hyper importante. Donc fais en sorte que cette consultation, elle soit incroyable pour elle et qu'elle en garde un souvenir merveilleux.» Laurène: Ouais, ouais, c'est parce que c'est vrai qu'y a une dichotomie entre ton métier. Et puis, euh, ouais, ce que tu dis, ce, que ce soit pour la fertilité, la grossesse, le post-partum, etc., c'est tous des moments vertigineux à l'échelle de, d'une vie d'une femme. Et, euh, et parfois, on a l'impression que c'est banalisé. Donc, euh, donc c'est, c'est chouette ce que tu dis. Merci Caroline d'avoir déroulé tout ça avec nous, euh, pour, euh, d'avoir aussi, voilà, encore une fois, enlevé ta casquette de gynéco, euh, parce que, euh, ben parce que voilà, on se rend pas compte aussi que vous aussi, vous vivez plein de trucs et que, que parfois, il faut arriver à avoir, à jongler de l'un à l'autre avec son histoire personnelle et après toutes les patientes qu'on voit. Donc merci pour ça. Merci du fond du cœur d'être revenue dans, euh, le podcast. Et, euh, et longue vie à ta famille et à Maison Gynae Care aussi, euh, pour, euh, pour continuer à accompagner les femmes avec cette bienveillance que tu as.

Caroline:

beaucoup, Laurène, de m'avoir reçue, encore une fois.

Laurène:

Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. Merci à Caroline d'être venue partager son parcours. Je sais que ce n'est pas toujours évident et je suis sûre que ce sera d'une richesse incroyable pour toutes celles qui, parmi vous, l'ont vécu ou connaissent quelqu'un qui est passé par là. Donc n'hésitez pas. S'il vous reste des questions, n'hésitez pas à vous abonner. N'hésitez pas à laisser un petit message, un petit commentaire, une note sur votre plateforme d'écoute de podcast ou sur YouTube. C'est toujours trop chouette pour nous pour continuer à développer ce podcast. Et moi, je me réjouis de vous retrouver la semaine prochaine pour un nouvel épisode. Et d'ici là, je vous embrasse.